Signatures

Pour accompagner la programmation de JUNGLE, Livre aux Trésors avait carte blanche pour inviter des artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles à rencontrer le public de façon informelle et dédicacer leurs livres. Le résultat, jugez-en vous-même ! 
La JUNGLE est sacrément bien fréquentée !

Avec Pierre Bailly, Kitty Crowther, Fanny Dreyer, Bernadette Gervais, José Parrondo.

Pierre Bailly

Petit Poilu, quel phénomène !

Soyons francs : il y a douze ans d’ici, on avait beau adorer la bande dessinée, on la trouvait souvent bien essoufflée dès qu’il s’agissait de s’adresser aux enfants – comme si, épuisée de toute la créativité dont elle avait fait preuve pour les adultes pendant quinze ans, elle s’était désintéressée de toute une frange de son public historique. Alors a fortiori, les bandes dessinées destinées à un public pas encore en âge de lire, ça relevait de la science fiction.

Et puis Petit Poilu est arrivé, tout droit sorti du chaudron créatif de Céline Fraipont et Pierre Bailly. Et quelle réussite ! Petit Poilu (les histoires de Céline et le dessin de Pierre), c’est une perle que l’on chérit. D’abord, c’est formidablement pensé pour les très jeunes lecteurs ; il faut une sacrée maîtrise des mécanismes de la narration en bande dessinée pour ainsi les adapter et les rendre accessibles à des enfants de trois ou quatre ans. Il faut aussi une sacrée dose d’humanité pour leur parler avec autant de justesse d’amitié, de gentillesse, d’empathie, de l’importance de faire confiance à l’inconnu, du goût du jeu et de l’aventure, de la curiosité pour l’autre et sa différence, de l’importance de s’élever contre l’injustice, de savoir choisir le faible contre le fort mais de reconnaître aussi la part de faiblesse du fort, et de dépasser les apparences . Il y a dans les aventures de Petit Poilu tant de leçons de vie joyeuses et chaleureuses, mais jamais scolaires ni manichéennes ! Il y a aussi le trait formidable de Pierre Bailly, ce trait qui semble si simple et évident, à travers lequel passe pourtant tant de complexité des sentiments ! Le dessin de Pierre Bailly est exactement comme lui : d’un abord souriant et gentil, les yeux rieurs et espiègles, si accueillant qu’on veut tout de suite s’en faire un ami ; et derrière la rondeur bonhomme, une pensée riche et bouillonnante, un sens aigu de la justice et un désir de fraternité. Petit Poilu, c’est cela : de la chaleur humaine à hauteur d’enfant.

Petit Poilu, à Liège, on l’a vu naître. Il fait partie de notre famille – et maintenant, on le regarde avec amour et fierté se faire des amis dans les familles du bout du monde, jusqu’en Chine. Que Pierre Bailly soit de la partie pour JUNGLE en dédicaçant ses albums, c’est un plaisir et une évidence. Et ça nous met en joie !

Kitty Crowther

On ne présente plus Kitty Crowther... Pour dire sa place dans le livre pour enfants, on pourrait presque se contenter de rappeler qu'elle est lauréate du Astrid Lindgren Memorial Award, aux côtés de Maurice Sendak, Philip Pullman, Shaun Tan ou Gus Kuijer... Mais ce faisant, on passerait à côté de l'essentiel: Kitty Crowther est une merveilleuse raconteuse d'histoires et créatrice de personnages complexes, dont la bouleversante humanité (quand bien même ils ne sont pas toujours humains) touche les lecteurs au plus profond du coeur. Elle parle aux enfants, sans rien infantiliser, de sujets fondamentaux: la solitude, la différence, la peur, les sentiments archaïques de notre condition, et par dessus tout, l'affection, le lien, l'attachement, l'amour. Et faut-il vraiment ajouter que Kitty est une illustratrice renversante, en recherche permanente de la justesse pour faire exister les êtres qui peuplent son univers merveilleux? Selon la formule d'Astrid Lindgren, elle "laisse les personnages décider". C'est la marque des très grands auteurs, celles et ceux dont les livres traversent les générations.

Kitty nous fait l'amitié de participer à JUNGLE, en dédicaçant ses livres pendant le festival et en prodiguant ses conseils au cours des rencontres avec les jeunes professionnels. Nous en sommes très honorés.

Fanny Dreyer

Fanny Dreyer est une jeune illustratrice suisse surdouée dont le registre graphique est si personnel qu'il s'impose avec évidence partout où elle évolue: l'illustration presse, le livre pour la jeunesse, l'affiche, mais aussi l’animation. Dans ses illustrations, elle marie des techniques diverses, du crayon au papier découpé, jouant sur des effets de transparence et de superposition. Dans un livre comme « Les musiciens de Brême » (La Joie de lire), on aime particulièrement son travail sur la couleur, sa capacité à créer des paysages encore jamais vus par un agencement de formes, masses de couleurs chaudes (son rouge brûlant) ou froides (son gris mine de plomb) qui semblent à tout moment pouvoir se disjoindre, et son habileté à utiliser le fond blanc comme une couleur en soi. Et puis on ouvre son dernier livre, « Moi, canard » (Cambourakis), et on est stupéfaits par l’atmosphère qui se dégage des illustrations, aquarelle, collages et crayon mêlés, ambiance d’herbier, finesse des sentiments qui affleurent. Après quelques livres seulement, on est séduits : on attend la suite avec impatience.

Fanny Dreyer est aussi partie prenante dans le super fanzine bruxellois pour enfants Cuistax. C’est donc ses propres livres et Cuistax que nous mettrons à l’honneur et qu’elle signera.

Bernadette Gervais

Avec plus de quatre-vingts livres à son actif, souvent des documentaires ou des imagiers - s’il faut vraiment les faire entrer dans des catégories - on peut dire que les images des Bernadette Gervais ont fortement contribué à façonner une part de l’imaginaire des jeunes lecteurs de ces vingt-cinq dernières années. Il y a quelques temps déjà, elle déclarait dans une interview : « On ne m’identifie pas, la plupart du temps, comme illustratrice, car j’ai recours à des techniques très diverses que j’adapte en fonction du concept et des besoins de chaque album. Je suis plutôt reconnue comme une « faiseuse de livre » et c’est plus fondamentalement ce que je suis. Je ne cherche pas à faire des dessins qui existent pour eux-mêmes, mes illustrations sont faites pour prendre place dans des livres. » Qu’on nous permette de nuancer son point de vue : son travail d’illustratrice est très reconnaissable. Ses représentations, à la fois simples et sophistiquées, donnent à voir les objets du quotidien autant que les animaux les plus divers à travers un filtre poétique qui n’appartient qu’à elle et qui dépasse la réalité crue, faisant sortir l’enfant du cadre contraignant du documentaire ; avec elle, l’imaginaire naît d’un pelage ou une salade. Son talent protéiforme réalise la synthèse entre des influences aussi différentes que le trait de Jean de Brunhoff (Babar), les dessins naturalistes des 18è et 19è siècle, les affichistes des années 50 et même les hyperréalistes. Tous ces styles peuvent sortir avec le même bonheur de sa main et ce qui les relie tous, c’est l’excellence avec laquelle elle choisit l’image la plus juste et porteuse de sens. Aucun doute, une illustration de Bernadette Gervais se reconnaît, qu’elle s’habille de minimalisme ou fourmille de détails.

L’œuvre de Bernadette Gervais (longtemps associée à Francesco Pittau) a trouvé un écrin à sa mesure chez divers éditeurs, mais jamais mieux qu’auprès de Brigitte Morel, d’abord au Seuil Jeunesse et maintenant aux éditions des Grandes Personnes, qui seront à l’honneur pendant JUNGLE. Brigitte Morel sera là et Bernadette Gervais dédicacera ses livres : la nature et JUNGLE sont bien faites.

José Parrondo

José Parrondo est un monde à lui tout seul. Dans ce monde-là, les escaliers montent et descendent dans le même sens et ne mènent nulle part, les maisons se construisent par le toit, les arbres on leur forme dans le sol, le capitaine du bateau se cache dans la cale, les histoires sont les personnages d'autres histoires et les ennuis, parfois, mettent un chapeau. Dans le monde de José Parrondo, la philosophie la plus subtile a la politesse de se cacher derrière la poésie et l'humour absurde. Ses dessins sont de petits bijoux où tout semble simple, des diamants à mille facettes, taillés avec précision par un orfèvre joueur. Un dessin de Parrondo se reconnaît au premier coup d'oeil et trompés par cette apparente simplicité, on peut essayer de les reproduire, mais ça ne marche jamais: on est toujours à côté de la plaque. Il faut être José Parrondo: il est unique.

José dédicacera ses livres et participera à la rencontre avec les jeunes professionnels. On est heureux!